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Emotions et relation dans les états dépressifs. Dr Julien BETBÈZE


Revue Hypnose & Thérapies Brèves n°53


Pendant longtemps, le paradoxe de la culture psychologique dominante a été de vouloir penser la relation thérapeutique en ignorant le lien entre relation et subjectivité.

En s’intéressant à un sujet indépendant de la relation, celle-ci est devenue un mystère, réduite à la suggestion et au transfert, et les émotions ont été perçues comme émanant d’une subjectivité pathologique. Le retour de la relation et du corps, à partir de l’hypnose ericksonienne et de la théorie de l’attachement a replacé l’affect, l’émotion, l’ambiance au centre du travail thérapeutique (ambiance ou « stimmung », que François Roustang traduit par disposition). Cette place de l’affect comme régulateur de la relation a été enrichie par la théorie des neurones miroirs de Rizzolatti et par la théorie de l’accordage de Stern, qui ont permis de comprendre comment la relation au monde se construit à partir de la relation à l’autre.

Déjà Pierre Janet, avec la notion de régulation secondaire, nous avait montré que pour qu’une action soit terminée, celle- ci doit donner forme à un monde où les sentiments trouvent leur pleine expression. Pour lui, toute action non terminée maintient le sujet dans un état dissociatif l’empêchant d’avoir accès à sa subjectivité. Le sentiment est indispensable à la régulation de l’action ; en son absence, le sujet reste sans reconnaissance, prisonnier d’une dimension d’irréalité. Pour Pierre Janet, lorsqu’un sujet reconnaît une personne, il fait un acte de salutation, il peut prononcer un nom propre. Cet auteur attire notre attention sur le fait que « nous ne saluons pas de la même manière un parent, un intime, un étranger, et c’est précisément ce genre de salutation qui caractérise notre reconnaissance ». Il illustre son propos en rappelant le cas d’une jeune femme ayant dormi cinq ans à la Salpêtrière, qui avait de l’amitié pour lui, et qui pour cela le saluait correctement, tout en ajoutant : « Je ne vous connais pas du tout. » Celui-ci avait envie de lui dire : « Mais si vous ne me connaissez pas du tout, pour- quoi me saluez-vous de cette manière-là ? Si vous ne m’aviez jamais vu, vous ne me diriez pas bonjour comme vous venez de le faire. » La salutation était correcte, mais n’avait pas les actes secondaires qui s’ajotent à cette salutation : satisfaction, mécontentement, envie de dire telle ou telle chose. Pour Pierre Janet, la construction de la personnalité ne peut être réduite à des « phénomènes primitifs qui sont les mouvements, les actes d’adaptation, les régulations de l’équilibre, ou les régulations du sens musculaire. Il faut tenir compte aussi des régulations secondaires qui s’ajoutent à toutes nos actions ». Cette régulation est permise par les sentiments qui, lorsqu’ils sont partagés, permettent à une action d’être finie et de prendre sens.

Cette dimension de la spécificité de la relation est notée également par François Roustangdès le début de sa réflexion sur l’hypnose : « Nous avons tous la mémoire des relations d’imitation spontanée, depuis notre façon de marcher, de manger, de nous vêtir, jusqu’à celle de parler et de penser, de rire ou de pleurer », nous pourrions dire aussi de nous saluer. Car ces traits sont à fois ce qui caractérise notre individualité et ce qui permet de communiquer avec les autres et avec le monde. « Car chacun d’entre nous n’est que le nœud d’un réseau, de telle sorte qu’il est vain de vouloir séparer ce qui nous appartient en propre et ce qui nous a été transmis [...]. Car nous n’avons jamais que les sentimentset les sensations et les pensées que notre entourage nous a appris et qui se sont inscrits en nous. » François Roustang pro- longera son propos dès 1994 : « L’hypnothérapie s’intéresse au corps non pas, comme le veut encore notre culture, en vue de l’optimisation de l’individualité, mais parce qu’il est pour la personne l’interface de son rapport au monde. L’hypnothérapie ne considère pas le symptôme comme un mal-être intrapsychique, indépendant de la situation de la personne et des formes de relation qu’elle entretient avec son entourage proche ou lointain. La souffrance, pour elle, vient de ce que l’on est mal placé et que l’on se place mal, que les mots que l’on dit avec son existence ne sont pas dans la bonne phrase ou que la phrase n’est pas dans le contexte qui lui convient. » Ainsi le contexte dans lequel les mots et les phrases peuvent avoir un sens est le contexte relationnel. Ce n’est qu’à partir de ce dernier que les actions et les émotions peuvent prendre sens et ouvrir, pour le sujet, de nouvelles possibilités de vie.

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Laurence ADJADJ
Hypnothérapeute à Marseille et Présidente de l'Institut de Formation Hypnotim. Praticienne en EMDR... En savoir plus sur cet auteur



Rédigé le 31/10/2019 à 16:25 | Lu 18 fois modifié le 31/10/2019



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