Éditorial Douleur Douceur



Éditorial Douleur Douceur
Téléconsultation, port du masque, distanciation... ou quand le Covid-19 bouscule le lien thérapeutique. La pandémie Covid-19 a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Il y a fort à parier que cela va continuer. Le virus a non seulement atteint notre corps physique mais il a aussi bousculé notre corps social, économique et politique. Sans participer aux polémiques et aux querelles des experts réels ou autoproclamés, voyons quelques éléments qui peuvent modifier nos pratiques thérapeutiques.

Face à l’incertitude, à l’évolution des connaissances, aux contradictions, aux pénuries et aux comparaisons avec les autres pays, la croyance en tel ou tel camp, scientifique ou politique, s’est imposée, faussement rassurante, nous faisant oublier à quel point l’immédiateté est l’ennemie de la nuance et de l’efficacité. Une caricature du poids accordé à la croyance est cette question posée lors d’un sondage d’opinion très commenté : « Croyez-vous en l’hydroxychloroquine ? » 59 % des gens y croyaient. Faut-il désormais prendre l’avis de tous sur tout ? Le plus ennuyeux n’est peut-être pas la réponse, mais le fait qu’on pose ce genre de question et que l’on fasse ensuite d’interminables commentaires anxiogènes. Un constat s’est imposé : celui de la répétition ad nauseam des plaintes, dans les médias et sur les réseaux sociaux, laissant peu place aux solutions, aux changements, à ce qui aurait pu alléger les esprits chaque jour plus surchargés de chiffres et de sondages. Puisque nous en avions le temps, la relecture de La fin de la plainte de François Roustang était une occupation salutaire.

Tout comme ont été salutaires toutes les initiatives des instituts de formations, organisant à distance des débats, des formations et des exercices pratiques, à la fois pour garder du lien, mais aussi pour aider les soignants à mieux vivre leur propre situation. La pratique de certains a évolué grâce à la téléconsultation qui a permis le suivi des patients et d’assurer des revenus aux praticiens. Il est clair que la communication thérapeutique va être modifiée. Examinons trois situations. Peut-on, lors d’une téléconsultation, faire une séance d’hypnose formelle ? L’expérience de chacun est la meilleure réponse. Mais : comment faire, à distance, en cas d’ab-réaction, ou de problème technique ? La téléconsultation s’inscrit dans le cadre des modifications de la proxémie que la crise sanitaire nous impose. Distances intime, personnelle et sociale sont perturbées par la distanciation sociale imposée à tous. Quelles seront les conséquences de la raréfaction du toucher, de l’idée que l’autre est un danger, de l’absence du baiser ?… Autrement dit, allons-nous penser comme Jean-Paul Sartre que « l’enfer c’est les autres », perdre confiance en l’autre ? Le port du masque modifie l’équilibre entre le langage verbal, para-verbal et non verbal.

C’est l’occasion de remettre en cause cette répartition, comme le fait celui qui en est à l’origine, Albert Mehrabian. Le masque va appauvrir l’expression des émotions, que nous ne pourrons lire que dans la partie supérieure du visage. Cela devra être pris en compte dans la création et l’enrichissement du lien thérapeutique, car son importance ne changera pas.

Dans ce numéro, Agathe Delignieres propose un travail clinique et de recherche sur la prise en charge de la dyspnée en soins palliatifs : cela ne pouvait mieux tomber en cette période où ce symptôme était dominant chez les patients atteints du Covid-19. Arnaud Zeman, quant à lui, nous invite à aider les patients à entrer plus efficacement dans une expérience sécure afin d’alléger leur stress. Pour finir, je suis ravi que Gérard Ostermann prenne le relais de la responsabilité de l’« Espace Douleur Douceur » de la Revue à compter du prochain numéro. Je le définis toujours en disant que c’est l’homme le plus drôle du monde, capable dans la même phrase de citer Nino Ferrer et Emmanuel Kant.

Bonne lecture et à vos stylos, les sources d’inspiration sont nombreuses en ce moment.




HENRI BENSOUSSAN Médecin anesthésiste réanimateur. Hypnothérapeute formé dans différents instituts. Membre du comité pédagogique du DU d’Hypnose de la Faculté de médecine de Lille. Formateur. Membre du comité de lecture de la revue « Hypnose & Thérapies brèves » et responsable de l’espace « Douleur Douceur ».

N°58 : août/septembre/octobre – Parution le 31 juillet

Dossier : crise et après-crise
Le dossier de ce n°58 est consacré aux conséquences de la crise sanitaire sur les patients et aux pratiques thérapeutiques qui en découlent.

- Edito : Sophie Cohen

- On ne saurait se passer des étoiles. Marc-Alain Ouaknin, philosophe

- Leçon d’un confinement. David Le Breton, sociologue

- L’angoisse de mort. Véronique Cohier-Rahban, psychothérapeute

Espace Douleur Douceur

- Modifier nos pratiques thérapeutiques ? Henri Bensoussan, médecin hypnothérapeute


- Une bulle d’oxygène. Au centre hospitalier de Bligny. Agathe Delignières, psychologue

- L’expérience sécure. Développement du « lieu sûr ». Arnaud Zeman, Hypnothérapeute

Dossier « Crise et après crise »

Edito : Sophie Cohen

- La tulipe et le saule pleureur. Un conte de Jean-Marc Benhaiem, médecin hypnothérapeute

- 17 jours dans les griffes du Covid-19. Un témoignage d’Olivier Debas, médecin urgentiste, touché par la maladie.

- Ecrire pour sortir du problème. Vania Torres-Lacaze, Guillaume Delannoy, Annick Toussaint responsables de l’IGB

- Confinement : corps, émotions et représentations psychiques. Bruno Dubos

- Quiproquo, malentendu et incommunicabilité : « période bousculée ». Stefano Colombo et Mohand Chérif Si Ahmed (alias Muhuc)

- Les champs du possible : Connaître de l’Autre, Soi-même. Adrian Chaboche, spécialiste en médecine générale et globale

- Culture monde : Chamanisme chez les indiens Shipibos-Conibos. Jean-Marc Boyer, psychopraticien

- Les grands entretiens. Réglementer la pratique de l’hypnose. Entretien avec Gérard Fitoussi, président de la CFHTB

- Livres en bouche
- Ouvrages de David Le Breton



Laurent GROSS
Hypnothérapeute à Paris, enseignant en EMDR - IMO, dirige le Collège d'Hypnose & Thérapies... En savoir plus sur cet auteur



Rédigé le 14/11/2020 à 21:50 | Lu 75 fois modifié le 20/11/2020



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